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mardi 27 octobre 2009

L'enfant dort

On a tous envie d'être, à nouveau, cet enfant-là, emmitouflé, qui dort avec application parce qu'il sait profiter des bons moments. Le rayon de soleil hésite à le déranger, il ne veut pas brûler cette paupière si bien fermée. Les couvertures retiennent leur respiration de peur de se déplisser et que l'enfant se réveille. A quoi pense-t-il? Comment sont ses rêves? Ne voit-il que des petits anges blancs souriants? N'entend-il qu'une musique douce, la berceuse que sa mère lui sussurrait quand il était dans son ventre? Quelle est donc sa vision d'un monde idyllique? Si seulement il pouvait nous la faire partager, que l'on retrouve ne serait-ce qu'un instant, notre âme d'enfant!

lundi 26 octobre 2009

J'adore Jim Harrison

J'adore Jim Harrison, sans doute parce que je n'arriverai jamais à écrire des histoires comme lui. Dans "Légendes d'automne" (1985), qui reste l'un de ses meilleurs livres, les premiers personnages qu'il met en scène dans la première nouvelle ("Une vengeance") sont un type en train de se vider de son sang dans le désert et les coyotes et les vautours autour de lui qui attendent patiemment l'heure du repas. Difficile de faire mieux pour donner le ton dès le départ! Mon prochain livre, un polar, commence, pour l'instant par "Toc,toc, toc.." Pas mal non pour un début?

mardi 20 octobre 2009

Les votes de Dieu et du Diable

L’autre jour, je demande à Dieu pour qui il a voté aux dernières présidentielles.
- Sarkozy, me dit-il.
- Pourquoi ?
- Parce que c’est le seul qui me l’a demandé.
- Mon Dieu, vous voulez rire. Et Bayrou, il ne va pas à la messe, lui ?
- Si, mais il ne pense qu’à ses chevaux. Il se prétend éleveur alors qu’il n’a que deux vieilles poulinières rassies.
- Ségolène, famille nombreuse, fille de militaire, tout le tintouin, elle, elle vous parle forcément.
- Oui mais je ne l’écoute pas, elle ne s’est pas mariée à l’église. J’ai encore quelques principes, nom de moi !
- Bon, alors Le Pen, Jeanne d’Arc, la messe en latin, ça par contre, ça doit vous plaire.
- J’avoue que j’aurais un petit faible si, malheureusement, il n’y avait pas chez lui une forte odeur de souffre.
- A propos, le Diable, vous savez pour qui il a voté ?
- Allez donc lui demander, je ne suis pas son commis, quand même !
Je me rends chez le Diable : comme d’habitude, ça sent bon chez lui - que diable, il est toujours en cuisine -, un poulet aux olives et aux herbes de provence. Il débouche un haute-faucherie 1989. Après un excellent repas, on allume un cigare, un verre de vieille prune de Souillac à la main, on se renfonce dans les fauteuils cuir.
- Blanc, dit-il au bout d’un moment.
- Quoi ?
- J'ai voté blanc, c’est ce que tu es venu me demander, non ?
- Et pourquoi blanc ?
- Parce que c’est une couleur qui m’est normalement interdite, un règlement à la con imposé par Dieu. Alors, là, j’en profite !
Et il éclate d’un rire sardonique qui enfle, qui fait péter tous les murs, le feu se répand comme la poudre, j’ai chaud, je brûle, je hurle…
Et je me réveille, en sueur. Aux prochaines zélections, je voulais voter blanc mais, finalement, je vais réfléchir…

lundi 12 octobre 2009

Souvenirs d'enfance, un livre-objet sur la nostalgie des sixties, en France

Les Editions Ouest-France ont eu le culot de publier ce beau livre-objet, de François Bertin, rempli de photos et souvenirs d'enfance, au sens propre. Bon, il a mis un peu de temps pour parvenir jusqu'à moi puisqu'il date de 2007! Mais le passé qu'il évoque n'a pas changé... J'adore ces images du mange-disque ou de la machine à coudre Singer, la pendule Art Déco de la cuisine... Et puis, surprise, au détour d'une page, une pochette de photographe avec de vieilles photos dedans, un calendrier rubgy de 1957 (ils ne posaient pas à poil à l'époque) et même un billet de 10 000 francs dans un portefeuille en simili-cuir! Je suis épaté par le travail d'enquête et par la réalisation qu'a nécessité ce libre.

jeudi 8 octobre 2009

L'orgueil contre la paresse

Pourquoi te lèves-tu le matin? A part l'envie de pisser, qu'est-ce qui te pousse ainsi à bouger? Moi, mon plus grand bonheur, une fois le café avalé au lit, est de me rencogner sous la couette. Je tente alors désespérément de retrouver mes rêves là où je les avais laissés. Tiens, cette nuit, j'étais en stage avec un groupe de jeunes femmes et d'hommes; on nous emmène dans un vestiaire où il faut se déshabiller et prendre sa douche, ensemble… Ding! C'est là que le réveil sonne!... Je ne saurai jamais la suite. Ni d'aucun de mes rêves sublimes et passionnants. Bien sûr, comme tout le monde, j'ai volé des heures durant au-dessus des toits et des campagnes et c'était plutôt agréable. Je suis tombé souvent dans des trous sans fin, je hurlais et c'était horrible. Je me suis retrouvé tout nu dans la rue et c'était … bizarre. Mais le réveil sonne, toujours. Il faut se lever, bouger, partir. Réincarné, je serais un lézard, c'est sûr
En attendant, "chaque matin, le soleil se lève pour les autres" comme dit si bien Lautréamont. Il faut y aller, vers son destin du quotidien. Et le plus étonnant, c'est que sans haine et sans passion, j'y vais quand même. J'espère peut-être en secret que la comète s'écrase, que le sol se déchire, que je gagne au Loto sans jamais y jouer. Mais il ne se passe jamais rien de ce genre et je continue quand même à bouger.
Dans une ultime réflexion sur moi-même, l'autre jour, j'ai enfin compris pourquoi: malgré l'évidence mille fois répétée, malgré le passé et l'histoire, malgré tous les échecs et toutes les frustrations, et aussi dingue que cela puisse paraître, je me crois encore pas tout à fait inutile. J'imagine dans ma folie égotique apporter une pierre essentielle à l'édifice. Je crois exister quand même, grain de sable oui, mais roseau pensant aussi et cette tige si faible c'est moi et personne d'autre. Et ce moi qui m'exaspère c'est aussi celui qui me fait avancer.
C'est donc bien l'immensité de mon orgueil qui fait bouger la lourdeur de ma paresse. Je suis né avec: j'étais si bien dans le ventre de ma mère et il a fallu que cette lumière et ce bruit m'attirent, comme s'ils m'appellaient. Ce malentendu original est ma croix. J'ai cru qu'on me voulait, ailleurs, et j'y suis allé. Mille fois j'en suis revenu, dépité. Mille fois, j'y suis retourné.
Chaque matin, je me lève quand même, après de longues hésitations, parce que je me dis que le monde a besoin de moi. Et il suffit d'un sourire pour que je le croie!...
source photo

vendredi 2 octobre 2009

Littérature quantique

J'aimerais que la littérature sache évoquer les ondes que nous sommes, qu'elle parle davantage de relations que de matière, qu'elle privilégie la sensation sur l'histoire, le sentiment sur l'événement, qu'elle soit un rire, un sourire, un regard. J'aimerais qu'elle écrive le futur antérieur plutôt que le passé simple, qu'elle décrive un univers anormal, complexe et riche, qu'elle soit l'ADN de l'âme. Je voudrais qu'elle dessine une main tendue entre les hommes, qu'elle construise une passerelle de lianes fragile plutôt qu'un barrage hydraulique en béton. Je voudrais qu'elle soit le vent de la terre.
On peut toujours rêver.
Oui mais on peut toujours l'écrire.
L'univers est en expansion. Que la littérature le soit aussi.

jeudi 1 octobre 2009

Roman autobiographique, oxymore ou pléonasme?

Les gens qui me connaissent croient tous que je parle d'eux et de moi dans mon livre 100 mots ou presque. Parfois, on frise le drame: une nouvelle parle de cancer et tous mes amis qui en ont un ou qui en ont eu un (et malheureusement j'en connais beaucoup et heureusement beaucoup s'en sont sortis) s'imaginent qu'il s'agit d'eux. Alors quand le héros dit "pas de rémission",  imaginez le désastre! Donc à tous mes amis malades ou en bonne santé, je dis: ce livre est un roman, un livre de fiction, lisible y compris par les gens qui ne me connaissent pas, cela fera un peu plus de monde d'ailleurs. Bien sûr, c'est mon premier roman et on sait bien qu'un auteur pour son premier ouvrage puise dans son passé et son expérience. Mais j'ai tout imaginé car ce que je veux, ce que j'aime, c'est créer des personnages et des situations. Souvent le point de départ est infinitésimalement vrai mais ensuite je pars en voyage, mes voyages à moi, dans ma tête. Par exemple: dans la nouvelle "Cinéma", le héros croit assister à un meurtre et sa vie en est changée. Au risque de vous décevoir, cela ne m'est jamais arrivé: la seule chose vraie dans cette histoire, c'est que moi aussi je fais de la moto!