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vendredi 24 juin 2022

Nettoyeur

Viré. Du jour au lendemain. Comme dans les films américains. Sauf que là, c'est vrai et c'est lui. Julien s'y attendait un peu mais c'est pas pareil, le pressentiment vague d'une catastrophe et la violence cruelle, ce coup de téléphone à la voix doucereuse : « Ça m'ennuie de gâcher vos vacances mais il va falloir qu'on arrête votre collaboration... » Une petite phrase sans mot compliqué et la messe est dite. Quinze ans de services, plus ou moins loyaux certes, mais quinze ans quand même, balayés par ces mots, une vie de travail envolée, disparue de la mémoire collective. C'est comme si on l'effaçait lui et tout ce qu'il avait bâti, tout ce qu'il était, tout ce qui faisait qu'il existait. Griffé, raturé. Pire : gommé, rayé. Un héros virtuel supprimé de la mémoire, un avatar qu'on scratche de la base de données.

D'abord, pourquoi ce connard a besoin de lui téléphoner pendant ses congés alors que de toute façon ils ont rendez-vous deux jours plus tard ? Il est vraiment vicieux. Un pervers, ce mec. Il imagine peut-être que cela va le déstabiliser mais là il se plante : Julien est prêt à en découdre. En plus, il est laid, ce mec, petit, gras et gros, le regard fuyant, la voix à peine audible. Quand vous êtes en face de lui, il vous regarde de biais, perplexe comme un boucher devant la carcasse de bœuf qu'il s'apprête à découper sans savoir par quel bout commencer. « Le Nettoyeur » on l'appelle dans la boîte. Il laisse entendre qu'il a été para mais c'est bidon comme tout ce qui émane de lui. Il n'a pas la carrure. Quand il vous tend mollement la main, c'est une anguille poisseuse qui vous crème la peau, un truc vraiment dégoûtant, on a envie tout de suite de se purifier, il faut se retenir pour ne pas cracher dans ses mains, les frotter et les essuyer contre le pantalon.

La rencontre a lieu à heure dite. Il n'y aura pas de scène, rien que du triste et du banal. Quand Julien quitte le bureau du Nettoyeur, la secrétaire, une copine avec qui il a un peu couché dans le temps, le regarde les yeux mouillés :

- Laisse tomber, Francine, dit-il doucement en lui prenant la main.

- C'est vraiment un sale con, murmure-t-elle

- Oui, dit-il.

Et il s'en va le dos droit l'air digne.

Mais les jours suivants, la fureur le gagne progressivement et il sait ce qu'il va faire. Le dernier jour, il jette tous ses dossiers en vrac par terre dans son bureau, pour un peu il aurait mis le feu s'il avait eu une allumette, il dit au revoir rapidement à ses collègues médusés, il prend ses affaires de moto, blouson, casque et gants et il monte au 8e.

- Il est seul ? demande-t-il à Francine

- Oui, mais... Tu n'as pas rendez-vous, répond-elle inquiète.

- Ça va pas être long.

- Oh mon Dieu, dit-elle en se levant.

Il toque et entre sans attendre. L'autre, assis à son bureau, des papiers épars devant lui, le regarde comme s'il n'existait pas, une de ses spécialités et pourtant ce n'est pas facile de rendre quelqu'un transparent :

- Mouais ?...

- Je viens vous dire au revoir, dit Julien en restant debout devant lui, le casque à la main qu'il tient négligemment par la bride de mentonnière.

En poussant un soupir, l'autre se lève. Quand il est face à lui, Julien fait un moulinet brusque avec son casque tenu à bout de bras, il le fait de toutes ses forces, en visant la figure. Il entend un grand cri et un gros crac, l'autre se plie, la gueule en sang, il se prend le visage à deux mains en pleurnichant :

- Mais il m'a cassé le nez, le con ...

Au moment où il tombe, Julien lui balance un deuxième coup de casque encore plus violent que le premier et cette fois il lui explose les dents. Par terre, poupée cassée, rouge de sang, le type geint, il tend les bras pour se protéger.

- Oh mon Dieu, dit Francine sans bouger, les yeux effarés, les deux mains collées sur les joues.

- Tu as vu ? dit Julien en se retournant vers elle.

- Oui, j'ai vu...

- Qu'est-ce que tu as vu ?

- Je ne sais pas... Il a glissé, je crois et il s'est cogné sur le coin de son bureau.

- Oui, c'est ça, dit julien. Appelle le Samu. On dirait qu'il s'est fait mal.

Julien embrasse la fille et part sans se retourner. Personne n'entendra jamais parler de cette histoire et sa vie continuera ailleurs.


jeudi 25 février 2010

L'érotisme, c'est toujours le regard de l'homme sur la femme

"Spécial érotisme" (soi-disant) dans le magazine culturel BSC News.

Résultat: tous les archétypes, en tout cas dans cette photo de Glenn Michel (le photographe pas la femme)

C'est la femme qui est érotique.
Elle est soumise, à genoux.
Mais elle est aussi sauvage, avec sa chevelure de lionne
(sous-entendu la garce!)
Elle est de dos, une inconnue.
Elle est une forme, pas une âme.
Et le plus beau des archétypes: la femme terre de contraste, noir et blanc.

... Il y a encore du chemin à faire dans le regard des hommes...

mardi 23 février 2010

Manifeste pour une révolte tranquille

Ras le bol de tous ces gens qui se la pètent.

Au début, on se dit c’est pas grave, un défaut de jeunesse, ça leur passera, il en faut des mégalos et des bavards, ça fait avancer le schmilblick, faut pas être un enfant de chœur pour motiver les mercenaires dans ce struggle for life permanent qu’est la vie du business et de la société.

Mais, au bout de quelques années à observer ce même spectacle désolant, ce gâchis incroyable, cette prédominance des incompétences diplômées, le petit cirque de ce minuscule et ridicule Clochemerle qu’est la France des affaires, de la politique et des médias, on finit par en avoir marre.

C’est Sarkozy qui a été la goutte d’eau, c’est ce qu’il est d’ailleurs, une goutte d’eau dans l’océan de l’histoire, faudrait lui dire. Mais il n'est que le représentant de la nouvelle élite, faite de marionnettes hystériques, agitées par les courants de passage, reniflant le vent dominant, des pantins sans la moindre grandeur, qui secouent le mot « réforme » comme une vieille outre dont ils ne tirent que des pets foireux.

Qu’on en soit arrivé à ce point-là de la désolation des idées et du manque d’envergure, packagés dans une communication aussi vide qu'entropique, est une constatation qui d’abord me navre puis me révolte.

Non, ce n’est pas possible ! Ce n’est pas ce monde-là que j’ai envie  de laisser à mes enfants, on n’a pas vécu ce qu’on a vécu, espéré ce qu’on a espéré, fait ce qu’on a fait, pour en arriver là.

Les rêves doivent rester les plus forts, l’intelligence et le cœur à nouveau se mêler : la famille, l’école, l’entreprise sont d’abord des lieux de vie et de frottement humain dont peuvent jaillir des étincelles d’absolu.

Il suffit de se révolter tranquillement, partout, chacun à sa place et pas forcément par une énième grève déclenchée par des syndicats en perte de vitesse, dépassés eux aussi par les évolutions des mentalités.

Regarder droit dans les yeux les aficionados de la langue de bois et leur dire : « C’est pas bientôt fini votre cinéma ? On peut parler de la vraie vie maintenant ? »

Mettre gentiment à la retraire les vieux sénateurs, les vrais, bardés de bleu-blanc-rouge, et tous les autres, les petits chefs de tous nos Landerneau : ils n’ont pas forcément démérités mais ils en ont surtout bien profité.

Mettre en scène les jeunes, les fous, les poètes, que les femmes demandent les hommes en mariage, que des entrepreneurs deviennent très très riches sur des idées nouvelles, et les salariés aussi, rien que pour montrer que c’est possible, qu’on essaye tout, d’abord et qu’on fasse le bilan ensuite.

Je veux de l’amour et de la joie au milieu de l’effort, de la sueur et du rire, je veux bien qu’on se donne la main mais je veux surtout des bras ouverts sur le monde et des regards levés ensemble vers toutes ces planètes qui nous fuient depuis qu’elles ont compris notre insignifiance.

Ca les fera peut-être revenir et alors a lumière du soleil en sera différente.

--source image --

lundi 22 février 2010

La Voie

Homme libre et faible voici enfin ta voie

Dénuée de poussière et d’ortie
Écoute l’oracle guidé par l’amour
Assieds-toi un instant près de moi
Calme ton cœur qui bat trop fort
A courir après l’informulé

Viens tu peux déposer tes larmes et ton désir tragique
Mon ami mon frère écoute-moi
La vérité que tu cherchais était là
Proche de toi mais tu ne la voyais pas
Arbre décharné tes branches nouées
Retourné en-dedans tel un phare à l’envers

Alors voici

Commence par te frotter à l’homme au lieu de le fuir
Nourris-toi du fond de ses regards fiers
Et c’est ainsi que naîtront tes nouveaux désirs
Ton âme blottie dans la chaleur des autres

Ensuite cherche dans toute chose sa beauté
Mais loin au-delà d’elle nichée quelque part
En haut d’une montagne derrière un nuage
Un coin secret que tu découvriras émerveillé
Et ce sera ton jardin mystérieux éternel

Enfin demeure en tes mots avec la chair et non l’esprit
Tu es le temple de ta poésie
Seule vérité possible elle est la voie
Elle est la clé qui ouvre toutes les portes

Mon ami mon frère
Je ne te parle pas de bonheur ni de plénitude
Je te parle simplement de ta vie
Et de sa vraie richesse
Un sourire de pleine lune
Dans la nuit de tes doutes

Marche

vendredi 4 décembre 2009

C'est elle!



La voici, elle est venue, elle est là, derrière ma porte.
(photo prise avec un iPhone)

mardi 27 octobre 2009

L'enfant dort

On a tous envie d'être, à nouveau, cet enfant-là, emmitouflé, qui dort avec application parce qu'il sait profiter des bons moments. Le rayon de soleil hésite à le déranger, il ne veut pas brûler cette paupière si bien fermée. Les couvertures retiennent leur respiration de peur de se déplisser et que l'enfant se réveille. A quoi pense-t-il? Comment sont ses rêves? Ne voit-il que des petits anges blancs souriants? N'entend-il qu'une musique douce, la berceuse que sa mère lui sussurrait quand il était dans son ventre? Quelle est donc sa vision d'un monde idyllique? Si seulement il pouvait nous la faire partager, que l'on retrouve ne serait-ce qu'un instant, notre âme d'enfant!

lundi 26 octobre 2009

J'adore Jim Harrison

J'adore Jim Harrison, sans doute parce que je n'arriverai jamais à écrire des histoires comme lui. Dans "Légendes d'automne" (1985), qui reste l'un de ses meilleurs livres, les premiers personnages qu'il met en scène dans la première nouvelle ("Une vengeance") sont un type en train de se vider de son sang dans le désert et les coyotes et les vautours autour de lui qui attendent patiemment l'heure du repas. Difficile de faire mieux pour donner le ton dès le départ! Mon prochain livre, un polar, commence, pour l'instant par "Toc,toc, toc.." Pas mal non pour un début?